Les cartes de Trump : derrière son ambition d'un grand espace américain, l'ombre d'une utopie géopolitique des années 1940

Les cartes de Trump : derrière son ambition d'un grand espace américain, l'ombre d'une utopie géopolitique des années 1940


La diversité humaine et la puissance des nationalismes rendant pour l’heure irréaliste la fusion de tous les États en un seul, Burnham penche alors pour une solution intermédiaire : à l’image des propositions d’Howard Scott pour l’Amérique du Nord, mais cette fois à l’échelle planétaire, il envisage une rationalisation frontalière globale qui réduirait drastiquement le nombre d’États souverains : « les nombreuses nations souveraines s[eraient] remplacées par un nombre restreint de grandes nations, ou ‘super-États’ qui se partager[aie]nt le monde ». Tout le paradoxe des projets géopolitiques d’Howard Scott et de James Burnham tient au fait qu’ils témoignent, d’une part, de la perméabilité d’une partie des élites états-uniennes des années 1930 à des théories impérialistes venues d’Allemagne, et, d’autre part, de la manière dont les théoriciens allemands qui les ont élaborées se sont eux-mêmes abondamment inspirés du modèle états-unien d’impérialisme hémisphérique . Les théories allemandes du grand espace sont donc ainsi, pour une grande part, des essais de transposition sur le théâtre eurasiatique de discours et de pratiques élaborés aux États-Unis pour le théâtre américain : c’est notamment le cas du concept allemand de Lebensraum dont des observateurs ont très tôt pointé les troublantes et dérangeantes affinités avec le concept états-unien de « Destinée manifeste » (Manifest Destiny), forgé en 1845 par le journaliste new-yorkais John O’Sullivan (1813-1895) pour présenter la conquête de l’Ouest comme une mission divine incombant à un nouveau peuple élu .

Author: Le Grand Continent


Published at: 2026-02-18 11:46:05

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