La diversité humaine et la puissance des nationalismes rendant pour l’heure irréaliste la fusion de tous les États en un seul, Burnham penche alors pour une solution intermédiaire : à l’image des propositions d’Howard Scott pour l’Amérique du Nord, mais cette fois à l’échelle planétaire, il envisage une rationalisation frontalière globale qui réduirait drastiquement le nombre d’États souverains : « les nombreuses nations souveraines s[eraient] remplacées par un nombre restreint de grandes nations, ou ‘super-États’ qui se partager[aie]nt le monde ». Tout le paradoxe des projets géopolitiques d’Howard Scott et de James Burnham tient au fait qu’ils témoignent, d’une part, de la perméabilité d’une partie des élites états-uniennes des années 1930 à des théories impérialistes venues d’Allemagne, et, d’autre part, de la manière dont les théoriciens allemands qui les ont élaborées se sont eux-mêmes abondamment inspirés du modèle états-unien d’impérialisme hémisphérique . Les théories allemandes du grand espace sont donc ainsi, pour une grande part, des essais de transposition sur le théâtre eurasiatique de discours et de pratiques élaborés aux États-Unis pour le théâtre américain : c’est notamment le cas du concept allemand de Lebensraum dont des observateurs ont très tôt pointé les troublantes et dérangeantes affinités avec le concept états-unien de « Destinée manifeste » (Manifest Destiny), forgé en 1845 par le journaliste new-yorkais John O’Sullivan (1813-1895) pour présenter la conquête de l’Ouest comme une mission divine incombant à un nouveau peuple élu .
Author: Le Grand Continent
Published at: 2026-02-18 11:46:05
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