La peur atomique, la course aux arsenaux et la crise de Cuba ont, paradoxalement, engendré une réponse constructive: l’édification de normes du droit international pour stigmatiser l’arme nucléaire dans la perspective de son abolition. La mobilisation citoyenne contre les conséquences humanitaires, celle des scientifiques, notamment autour du concept d’hiver nucléaire, ont contribué à installer ce que la politologue Nina Tannenwald a nommé le « tabou nucléaire », rendant leur emploi impensable, conduisant les dirigeants des cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité [des Nations unies] à déclarer, en 2022, qu’« une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». Lors de la remise du prix Nobel de la paix 2024 à Nihon Hidankyo, organisation représentant les survivants des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, Jorgen Watne Frydnes, président du comité Nobel norvégien, a rappelé que le tabou nucléaire repose sur « une indignation morale généralisée face à la perspective d’utiliser des armes nucléaires et par une peur commune du gouffre qui attend l’humanité si cette norme est violée ».
Author: Patrice Bouveret, Jean-Marie Collin
Published at: 2026-02-28 15:30:03
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