Les jalons s'enchaînent à l'écran : la perestroïka, Gorbatchev, l'URSS moribonde, l'ultralibéralisme (et le grand banditisme) des années 1990, l'ascension et le déclin d'Eltsine, la nomination de Poutine, la guerre en Tchétchénie, l'élimination des opposants, Euromaïdan, la Crimée, le Donbass… La narration est huilée comme le serait la stratégie infaillible du "tsar" – surnom que personne, en Russie, ne donne à Poutine, souligne encore Anna Colin Lebedev. Le scénario cosigné par Olivier Assayas et Emmanuel Carrère résume le roman à son épine dorsale, non sans efficacité : Le Mage du Kremlin est le récit de la fabrique du parfait autocrate par un de ces "ingénieurs du chaos" auxquels da Empoli a consacré un ouvrage édifiant dès 2017. Baranov use du cocktail éprouvé de populisme ("donner un exutoire à la rage"), de récit national ("chaque peuple doit croire que ce n'est qu'en lui que réside le salut du monde"), de restauration de la grandeur ("l'idée de perdre le contrôle de ce qui était une partie intégrante du territoire russe le rendait littéralement fou"), de fabrique de l'ennemi ("Voir des complots partout, des traîtres, les inventer quand on en a besoin") et de flagornerie ("celui qui gagne fonde son pouvoir sur la Cour")…
Author: Alain Lorfèvre
Published at: 2026-01-28 12:53:13
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