« Jean-Luc Mélenchon et l’obsession des quartiers populaires » (France Inter) ; « quête du vote musulman » (Franceinfo) ; « séduire les nouveaux "damnés de la terre" » ( L’Express ) ; « flatte[r] les banlieues musulmanes » ( Libération ) ; « courtiser l’électorat des quartiers populaires » ( La Provence ) ; « capitaliser sur l’antisémitisme pour capter le vote musulman » ( Le Point )… : au cours des deux dernières années, la question palestinienne et le militantisme de LFI sur le sujet ont réactivé un leitmotiv popularisé de longue date dans le débat public par les acteurs politiques et médiatiques. Trois biais majeurs, alors, se font jour : 1/ la récurrence, pour ne pas dire l’omniprésence de ce cadrage (au détriment d’autres approches) dans les productions journalistiques prétendant analyser le rapport de LFI à la question palestinienne ; 2/ le caractère doublement discriminant de ce type de parti pris, qui ne vise qu’une seule et unique fraction de l’électorat… et un seul et unique mouvement politique ; 3/ le registre (du soupçon) et les connotations (négatives) que charrient systématiquement les discours médiatiques associés : mobilisé à la manière d’un stigmate et commenté comme tel, le fait que LFI veuille « séduire les quartiers » est construit comme un problème et fonctionne dans le débat public comme une arme de disqualification des acteurs qui se rallieraient à cette « stratégie », telle que l’interprètent, en tout cas, les commentateurs. Et le trope du « clientélisme » sera une composante (plus ou moins appuyée) du traitement de la marche contre l’islamophobie (2019) [10], des cabales contre « l’islamogauchisme » (2020/2021), de la couverture de la campagne de la Nupes (2022), des révoltes après la mort de Nahel (2023) ou, depuis, des « polémiques » insensées qui se propagent à la vitesse de la lumière à propos de « l’entrisme islamiste » et de ses prétendus liens avec LFI [11].
Author: Pauline Perrenot
Published at: 2025-12-23 08:01:00
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