Jürgen Habermas, un des plus grands philosophes du XXe siècle, est décédé

Jürgen Habermas, un des plus grands philosophes du XXe siècle, est décédé


Le philosophe et sociologue allemand s'est en effet confronté avec le marxisme, avec la théorie de l'action de Max Weber, le fonctionnalisme sociologique de Talcott Parsons ou Robert K. Merton, le (néo-) positivisme de Karl Popper, l'"interactionnisme symbolique" de George Herbert Mead, l'herméneutique de Hans-Georg Gadamer, la philosophie du langage de Wittgenstein, Chomsky, John Austin, Karl-Otto Apel, la déconstruction de Derrida, les analyses du pouvoir de Michel Foucault, la sociologie de Bourdieu, la théorie de la justice de John Rawls, le scepticisme, le relativisme, le post-modernisme de Lyotard ou Gianni Vattimo, la psychologie cognitiviste, la psychanalyse… Il a traité de questions épistémologiques, du rapport entre sciences naturelles et sciences sociales, entre science et foi, a étudié le langage, la communication, la technique, le droit, l'éthique du discours, évalué les risques d'une "génétique libérale", pensé le "futur de la nature humaine"… Trop nombreux et intriqués, autrement dit, sont les sentiers de la pensée habermassienne pour qu'on puisse les schématiser ici. Disons que, dès son "entrée en philosophie", Habermas a tenté de développer une théorie critique de la société, en tenant compte des apports de l'École de Francfort, de la critique de la technique promue par Heidegger, et de la notion d'aliénation tirée de Marx. Le philosophe-sociologue allemand a voulu combattre la "colonisation du monde de la vie", qui advient lorsque l'Etat organise la vie sociale uniquement en fonction d'impératifs de contrôle du territoire et des populations, lorsque les sphères mues par les logiques économiques et bureaucratiques "mangent" ou plient aux lois du marché celles de la culture, des valeurs, de la vie affective, lorsque le développement des sciences et des techniques devient une fin en lui-même, ne produit pas pour tous de meilleures conditions de vie, laisse écartelé l'arc des inégalités, et ne donne pas à chacun la même chance de construire la vie, heureuse, qu'il souhaite et à laquelle il a droit.

Author: Robert Maggiori, pour Libération


Published at: 2026-03-15 11:39:21

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