Avec ses contemporains Gabriele D’Annunzio (1863-1938) et Ernst Jünger (1895-1998), l’Italien Curzio Malaparte (1898-1957) – né Kurt Erich Suckert, puisque son père était allemand – appartient à cette caste d’écrivains combattants dont l’œuvre a eu pour terreau la boue des tranchées de la Grande Guerre et les atrocités du second conflit mondial. Le culte de la bravoure, l’engagement fasciste de Malaparte, qui terminera sa vie dans l’admiration du président Mao Zedong et de la Chine communiste, une écriture ne prenant aucun gant quand il s’agit de décrire les horreurs de la guerre, un registre lexical fourmillant de termes aujourd’hui bannis de la littérature et de préjugés nationaux, l’insistance à considérer l’Europe d’après 1945 comme un continent de vaincus, ont sans doute contribué à reléguer cette œuvre dans les curiosités d’un siècle aux idéologies mortifères. On le doit à la biographie sans complaisance de Maurizio Serra, Malaparte, vies et légendes (Grasset, 2011), et, désormais, à un « Quarto » rassemblant, sous le titre Exils, des textes connus et méconnus d’une personnalité jusque-là surtout célèbre pour sa villa moderniste de Capri, construite à flanc de coteau, en 1938, et décor du Mépris, de Jean-Luc Godard (1963).
Author: Nicolas Weill
Published at: 2026-02-14 17:00:03
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