“Coutures”d’Alice Winocour, vif et juste comme un coup d’aiguille

“Coutures”d’Alice Winocour, vif et juste comme un coup d’aiguille


Dans le mythique escalier bordé de miroirs de la rue Cambon, l’hôtesse met en garde aimablement la visiteuse : “On peut vite se perdre quand on ne connaît pas les lieux.” Au moment même où elle reçoit ces mots, l’image de la réalisatrice, son identité peut-être, se diffracte en une multiplicité de reflets dans le jeu de miroirs de l’escalier. Flottant dans des tenues légèrement oversize, les mains avalées par des manches trop longues, comme une ado bohème sans âge, avançant avec candeur dans des territoires de plus en plus inconnus (la France, l’univers de la mode, le monde des hôpitaux…), Angelina Jolie est merveilleuse en femme devant affronter un court-circuit imprévu de son existence, qui l’oblige en un éclair à tout réenvisager. Vif et juste comme un coup d’aiguille, Coutures pique à un endroit où tout converge, où tout s’entrechoque : les précaires et les ultra-riches ; les flux circulatoires générés par le capital et ceux provoqués par les guerres ; l’art, l’artisanat et le commerce ; et bien sûr tous les états du corps, tour à tour réifié, fétichisé, désiré, sublimé, ausculté et bientôt opéré – marqué au feutre pour ajuster une robe comme pour préparer une biopsie.

Author: Jean-Marc Lalanne


Published at: 2026-02-15 08:00:00

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