Tant que le bon peuple cinéphile préférera la cage dorée des Enfants du paradis au sec exposé de La Règle du jeu, on pourra être sûr qu’une forme d’occupation continue, disait Serge Daney (cité de mémoire, à défaut d’avoir retrouvé le texte en ligne) dans une de ses saillies cinglantes de vérité qui continue, d’ailleurs, de se vérifier : un million de spectateur·rices ont été voir Les Enfants de la résistance ce mois, prouvant l’insubmersible santé au box-office du mythe résistancialiste. Voilà ce à quoi s’attaque Xavier Giannoli, fort du triomphe des Illusions perdues, pour son film le plus ambitieux à ce jour : trente millions de budget, trois heures quinze au compteur, consacrées donc au lent glissement du méconnu Jean Luchaire, journaliste à l’entre-deux-guerres de centre-gauche et de conviction pacifiste, qui va peu à peu s’acclimater à un enfer qu’il prend pour le compromis raisonnable, incité par ses liens personnels (son amitié ancienne avec un homologue allemand, qui va glisser lui aussi, jusqu’à être promu ambassadeur des nazis à Paris), et bien sûr par l’argent. La bulle de luxe, bien sûr puisqu’il faut bien filmer la décadence, qui commence comme une tentative bien compréhensible de préserver le monde d’hier, survivre certes, mais vivre qu’y a-t-il de mal à ça, à s’accorder les réjouissances, le cinéma (frappante performance de Nastya Golubeva, fille de Leos Carax qui joue la fille de Jean Luchaire, actrice cédant à la collaboration par peur de voir s’arrêter sa jeune carrière, et trouve avec une justesse folle le timbre et le phrasé du cinéma d’alors).
Author: Théo Ribeton
Published at: 2026-03-17 16:51:42
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