À voir au cinéma: «Justa», «Orwell: 2+2=5», «5 centimètres par seconde», exigences, vertiges et bienfaits de la traduction

À voir au cinéma: «Justa», «Orwell: 2+2=5», «5 centimètres par seconde», exigences, vertiges et bienfaits de la traduction


Sans prétention à une réconciliation, le film, par une sorte de grâce matérielle et émue, par sa manière de montrer un visage abîmé, une main de jeune homme qui prend une main de vieille femme, fabrique du commun, partageable entre celles et ceux qui sont montrés, celles et ceux dont le sort est ainsi évoqué et celles et ceux qui verront le neuvième long-métrage d'une cinéaste qui a trouvé avec celui-ci une authentique réponse de cinéma aux malheurs du monde. Orwell: 2+2=5 entrelace le récit de la vie de George Orwell, depuis sa découverte des crimes colonialistes en Birmanie et son engament durant la guerre d'Espagne (1936-1939), mais surtout ses dernières années, marquées par l'installation de l'écrivain et journaliste dans l'île écossaise de Jura, où il met en place un mode d'existence autarcique, en rupture avec l'essentiel de la vie sociale, et la manière dont son ultime roman anticipe les dérives contemporaines, sous les signes conjoints de la montée des autoritarismes fascisants et de la manipulation du langage et de l'information. Dans ce but, le cinéaste haïtien Raoul Peck assemble des images de différentes natures: photos et films montrant le fascisme, le nazisme et le stalinisme, fragments d'adaptations à l'écran de 1984 et de La Ferme des animaux et d'autres films moins directement liés à George Orwell, plans fabriqués exprès pour illustrer le propos, captures d'écrans actuels avec apparitions des potentats –Donald Trump, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Xi Jinping, etc.– qui contrôlent l'essentiel de la planète.

Author: Jean-Michel Frodon


Published at: 2026-02-24 18:55:05

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